27.2.09

"A l'école, il travaillait encore à l'époque avec la baguette et il nous tapait sur les doigts"

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Mémoire de Sainte Jeanne, Cannes Mai 2009. a dit…

Je suis arrivée, ma sœur m’a dit que j’avais trois ans, en juillet 73. Ce qui est bizarre, c’est que le premier jour en arrivant ici j’ai encore le flash, on descendait du parking avec toute la famille et mon père nous a dit « c’est ici qu’on va habiter ». C’est bizarre parce que j’avais 3 ans et aujourd’hui j’en ai 35 et je vois encore l’appartement et cela me paraissait immense parce que c’est un 5 pièces et on venait d’un bidonville de Grasse où on était empaqueté là dedans à 7. On est arrivé dans le quartier et j’ai ça dans la mémoire, j’avais trois ans et mon frère avait un an et j’ai encore cette image qui me revient. On a quitté Grasse parce qu’on était trop dans un petit appartement mais à l’époque quand les algériens arrivaient en France on les mettait dans les bidonvilles et c’était une maison sans rien, ma mère allait chercher l’eau à la source, y-avait rien, pas d’électricité, pas d’eau. Donc voilà on est arrivé à La Frayère pour ça.
Les amis c’était les amis du quartier, on restait qu’entre arabes, malheureusement. On a joué, on s’amusait très très bien, en plus il y avait la MJC donc on faisait pleins de sorties, on partait des semaines au ski, je suis partie au Mexique pour faire une aide humanitaire, j’ai de bons bons souvenirs, mes parents nous laissaient sortir. Et je me souviens aussi de l’école La Frayère, on avait un prof, ça je le regrette, c’était en CM1 on était dans une classe on était 22 y avait 11 arabes et il séparait les arabes pour les donner à un autre prof pour apprendre le français et je me souviens c’était monsieur Fuguet je crois, immense, et il travaillait encore à l’époque comme dans les pays arabes avec la baguette et il nous tapait sur les doigts donc ça c’était pas bon ça. Il ont séparé des français des arabes et puis après on se plaint pourquoi on n’est pas intégré si déjà en primaire on nous sépare. Donc il prenait tous les arabes et les français restaient avec monsieur le maître.
Ils sont bien ici, pas de soucis, les gens y pensent que c’est un quartier chaud, il n’est pas chaud du tout. Mais bon après c’est sur que la nouvelle génération est pire que nous, nous on était sage à côté d’eux on ne faisait pas de conneries nous, on s’amusait, on faisait du bruit parce qu’on s’amusait. Pas de vol, on ne se battait pas, c’est des bons souvenirs. Moi je restais qu’avec les garçons du quartier. Je ne restais pas avec les filles, on s’amusait mieux avec les garçons. Y-avait la rivière, la MJC, on allait de l’autre côté chercher les cerises, on rentrait dans les villas on aller chercher les fruits, des bons souvenirs, on allait tous à la plage, y en avait un qui faisait du stop et dès que quelqu’un s’arrêtait tout le monde montait dans la voiture, on allait à la plage et on était dix dans la voiture. Et le gars qui disait « et ben si j’avais su je me serais pas arrêtais ». On était tous dedans. Des bons souvenirs.
Et puis on change, après je suis partie à l’étranger et c’est là où j’ai commencé à m’ouvrir parce que c’est vrai qu’avant je restais que avec les arabes. Je ne me mélangeais pas aux français. De toute manière les français pour eux, on puait. Mais je ne veux pas dire ça, je suis pas raciste mais c’est des flashs qui me viennent comme ça. En sixième, je vois encore ma mère dès qu’on sortait de la maison, le rituel c’est qu’elle nous aspergeait d’eau de Cologne. Mon frère il est passé avant, il a des enfants il en achète même pas de l’eau de Cologne tellement cela nous a marqué. On était imprégné d’eau de Cologne pourquoi elle me disait pour que les français ne disent pas que vous sentez la pisse. Alors que non, on était super propre ma mère elle est à cheval sur la propreté et même aujourd’hui je suis encore traumatisée par les odeurs. Ya pas que les arabes mais les français se mélangeaient pas avec nous. Les portugais font parti des étrangers comme nous donc eux ils étaient avec nous. Mais les français français non.
Les gens sont de plus en plus enfermés chez eux ya plus du tout d’échanges, nous oui on allait chez les gens chez les copains, copines. Maintenant, c’est fini tout ça. Je vois, nous on allait à l’école à pied seul mes parents ils nous emmené pas à l’école. Maintenant ma sœur elle a peur, elle emmène sa fille à l’école alors qu’elle habite à côté. Entre les chiens, on n’avait pas de chiens avant tout ces pitbull qui font peur on n’avait pas ça avant. On allait, juste au petit casino à pied, ma mère nous a jamais dit tu y va pas toute seule. Maintenant c’est dangereux, ma sœur ne laisse même pas sa fille allait acheter le pain à côté. Ça a changé à ce niveau là ça a changé. J’ai ma sœur qui habite là, mon frère qui habite pas très loin mais on est tous partis. Y a que les parents. J’ai encore un grand frère qui vit encore avec mes parents.
Moi je renie pas je viens de la frayère quand le gens me dise « tes pas une arabe comme les autres » moi ça me tue quand on me dis ça. Je dis je viens d’un quartier, dit chaud, ça veut dire quoi une arabe comme les autres. Si vous arrêtez de faire vos réflexions à deux balles peut être que l’arabe s’intégrerait un peu plus. Oui je suis une arabe j’ai été à l’école j’ai été à l’étranger j’ai passé un an en Angleterre, un an en Espagne, un an en Egypte, j’ai voyagé, j’ai vu j’ai l’esprit ouvert et quand on revient ici c’est vrai que les gens qui ont pas bougé, quand je suis revenue ici j’ai vu que j’avais évolué, eux ils sont fermé ils restent toujours entre eux. Moi maintenant, j’ai des amies françaises cela ne me pose plus de problèmes alors qu’avant non. On disait on a pas la même mentalité qu’elles, voilà. C’était toujours les français non pas les français. Mais jusqu’au point ou quand ma mère me parlait en arabe je lui disais me parle pas en arabe, parle moi en français alors que maintenant c’est moi qui lui parle en arabe et elle en français. Le monde à l’envers. Les français ils n’ont pas fait que du bien. C’est peut être pour ça qu’ils y en a certains qui sont pas encore intégrer. Et le pire c’est que quand vous allez dans n’importe quelle famille d’arabe, la mère de maison qu’est ce qu’elle fait ? : le ménage. On est loin d’être sale quand même. C’est vrai qu’il y a des sales chez les arabes, des sales chez les français. Mais moi, je leur dis, arrêtez de critiquer la France, allez en Algérie pendant un mois, vous allez vite revenir. On est bien en Algérie parce qu’on a de l’argent, on vit avec l’euro, mais vit en Algérie, c’est pas pareil. Alors quant on dit : la France de merde. Je leur dis : C’est pas la France de merde, merci beaucoup et mon père il le dit toujours. Merci la France surtout quand on est malade, c’est pas grave on est en France ya des bons médecins. Les jeunes d’aujourd’hui ils ne partent pas au bled, ils rentrent pas. Nous on rentrait chaque année. Encore aujourd’hui j’ai besoin d’y aller au moins une fois par an pour me ressourcer mais quand je vais là bas et je vois dans l’état où ils sont, je me dis « j’ai eu de la chance heureusement que mon père a immigré en France » et je suis heureuse quand je rentre en France, je suis contente. Parfois, on me trouve trop française maintenant alors que pourtant je pratique mais je suis ouverte, je suis modérée. Alors des fois on me dit « oui Patricia ». Je suis trop française maintenant pour ma mère.
Quand je suis à supermarché, je suis obligée de mettre le sac en évidence pour dire je vais pas volé, j’ai une carte bleue, je vais payer, vous inquiétez pas, je vais à Décathlon je suis suivie par le vigile pourtant je suis une fille alors imaginez vous les mecs, mon frère… c’est pire. Des fois on sort, on va boire un verre dehors, on va danser on se fait refouler, moi je ne vais plus à Cannes je sors à Antibes ils ont l’esprit beaucoup plus ouvert qu’à Cannes. C’est fou quand même. C’est simple quand je tombe au chômage c’est minimum un an et quand je vais à l’ANPE, la dame elle me dit c’est pas possible vous cherchez pas avec votre profil vous devez trouver rapidement. Et non le pire c’est que je cherche. Et quand j’étais plus jeune, quand je voulais travaillais pour payer mes études, j’appelais « oui oui venez » j’y allais et on me disais « non on a trouvé quelqu ‘un » alors un jour j’en ai eu marre j’ai appelé et j’ai dit « alors je vous dis tout de suite je suis une arabe » alors « mais pourquoi vous dites ça, on a aucun problème avec ça ». Et quand je suis allée il m’a répondu la même chose.
J’ai été en Afrique du Sud avec ma copine black on a été à Johannesburg au musée de l’apartheid. Donc, le guide il dit je vais vous mettre en condition. Donc, moi il me donne un carton avec écrit « seulement pour les blancs » et ma copine qui est black « seulement pour les noirs ». On est rentré toute les deux et on a fait la visite séparément. Alors au guide je rigole et il me dit « pourquoi tu rigole » et je lui dit « pourquoi vous croyez que je suis une blanche », « ben oui vous êtes une blanche ». « C’est bizarre parce qu’en France je passe pas pour une blanche, je passe pour une arabe parce que je suis arabe ». Il m’a dit « et bien si vous aviez été là pendant l’apartheid et bien vous auriez été considéré comme une blanche et vous auriez eu les droits des blancs. J’ai dit « purée ça il faut le dire aux français ! ».