1.4.09

Raymonde Derrives : "Y-avait dans ces années beaucoup de problèmes et de difficultés mais il y avait un état d’esprit positif, dynamique ..."

1 commentaire:

Mémoire de Sainte Jeanne, Cannes Mai 2009. a dit…

Je suis Raymondes Derrives, j’ai travaillé dans ce quartier depuis une trentaine d’années, je suis arrivée ici en 77, c’était juste après le début du quartier puisque les immeubles avaient été construits deux, trois ans auparavant je pense hein, et donc la circonscription d’action médicale et sociale s’était installée ici maintenant elle est partie ailleurs dans la zone industrielle, et donc on était basé ici et je travaillais en PMI, en protection maternelle et infantile à partir d’une consultation qui a lieu et qui avait lieu ici et en visite à domicile pour faire un travail d’action médicale et sociale auprès des familles. Donc voilà ça était un temps j’veux dire, assez fort parce que c’était une période quand je suis arrivée ici où vraiment on avait envie de faire des choses, de faire changer, de faire bouger le quartier, de travailler avec les gens, de les accompagner, et puis de faire un travail collectif avec les familles, avec la Caisse d’allocations familiale, avec la mairie de Cannes, avec les habitants du quartier, avec les écoles pour faire un travail global sur l’enfance pour se rencontrer et puis travailler vraiment en collaboration. Y avait un certain enthousiasme et pis avec les familles et tout. Parce que aménager des espaces, aménager des lieux pour la petite enfance, travailler avec les écoles par rapport à des enfants qui étaient en difficultés, pas forcément des grandes difficultés parce que ceux là, ils étaient pris en charge mais des enfants qui avaient du mal au niveau du langage, au niveau du sommeil, au niveau des problèmes familiaux, de faire un travail en commun pas pour les marginaliser mais pour justement essayer de voir en pluridisciplinarité comment agir rapidement en lien avec les familles bien sur pour éviter que ces enfants aient des difficultés plus grandes par la suite. Y-avait dans ces années, beaucoup de problèmes et de difficultés mais il y avait un état d’esprit positif, dynamique avec une envie de changement, de travail collectif, de travail de groupe et là malgré qu’il y ait des choses qui se font parce que moi je pense que les gens qui travaillent dans le quartier, ils ont vraiment une certaine conscience professionnelle parce que c’est pas évident les situations aussi bien les situations rencontrées que les demandes institutionnelles qui sont de plus en plus prégnantes mais bon ça c’est…, je trouve que la dernière année, j’avais l’impression qu’on ne pouvait plus rien faire parce que maintenant tout est codifié, tout est protocolisé, toutes les actions qu’on mène, il faut vraiment les cadrer et puis bon, c’est des directives de l’administration et j’ai l’impression qu’on a plus beaucoup d’initiatives pour faire des choses avec les gens, avec les habitants donc moi c’est un peu le regret que j’ai par rapport à ça. C’est vrai que c’était un peu des périodes où c’était les pionniers, on faisait des choses c’est vrai qu’il n’y avait pas trop de cadre et parfois il aurait fallut du cadre mais là on est passé d’un extrême à un autre.
Il y a des spécificités, le fait que les gens y sont là, ils ne bougent pas trop, on retrouve les familles, les enfants, voire les petits enfants par la suite et ce sont toujours les mêmes familles et souvent ce qui est désespérant un peu, c’est voir les problèmes qui se reproduisent. Alors que sur d’autres quartiers, comme par exemple sur La Bocca ou Bocca centre ou sur Mandelieu, il y a énormément de passages et de gens parfois où il y a des situations aigües et bon ça dure un mois ou deux et puis on passe à autre chose, bon voilà hein c’est tout à fait différent à ce niveau là. J’ai connu il y a 20 ans où certains enfants n’étaient jamais allés à la mer, après bon quand ils commencent à devenir plus grands ils y vont tout seul avec les copains mais des petits non, les parents n’ont pas l’idée de prendre le bus et c’est souvent ça dans les quartiers. Ou on voit après même des jeunes qui roulent les mécaniques et qui sont voire agressifs dans le quartier, quand ils sont déplacés ailleurs, ils s’en vont parce qu’il y a huit jours de centre aéré ou de camps, ils sont complètement paumés, prendre le train, aller ailleurs, on dirait des agneaux, ils sont tout gentils parce qu’ils sont plus dans leur quartier, sur leur territoire et que là ils sont plus les caïds et ça, ça vient de tout petit par rapport à l’espace, à l’appréhension de l’espace. On appréhende son territoire et le reste, c’est l’inconnu et l’inconnu ben, ça fait peur.